Les anciennes traditions

Les anciennes traditions

La Chine

Les chinois avaient et ont toujours une approche historique de l'art de soigner. Pour eux, le facteur clé réside dans l'équilibre et l'harmonie, entre le Yin et le Yang de l'organisme. Vous saviez probablement déjà que, selon la tradition chinoise, il y a, dans toutes choses, l'opposé et le complémentaire. Le Yin, féminin, gouverne la nuit et le Yang, masculin, le jour. L'équilibre entre le Yin et le Yang se traduit par la l'harmonie et la santé. Un flux d'énergie calme et régulier - le « chi » - parcourt les circuits internes de la personne, dit méridiens.
Au niveau diagnostic, les médecins traditionnels chinois ont recours à l'observation, à l'écoute, à la perception des odeurs, au questionnement, au toucher. L'harmonie, ou le défaut d'harmonie interne se manifeste dans l'apparence. Combien de fois, en vous regardant dans la glace, n'avez-vous pas pensé « Tiens, j'ai mauvaise mine. Est-ce que je ne couve pas quelque chose ? » L'attitude, l'expression du visage, la complexion de la peau, le comportement et l'état d'esprit sont, pour les médecins chinois, des indicateurs d'équilibre. Vient ensuite l'examen de la langue dont l'apparence aussi bien en Orient qu'en Occident, est révélatrice de ce qui se passe à l'intérieur du corps. Les modifications d'aspect de la langue offrent de précieuses indications sur la nature des maladies.
Tout comme en médecine occidentale, le médecin chinois écoute la respiration, le timbre de la voix, les bruits internes aux poumons en respiration forcée. Mais il complète cet examen en portant une grande attention au odeurs corporelles qui, « aigres » ou « viciées », peuvent également révéler la nature des maladies.
Alors que le médecin conventionnel se réfère à d'autres cas similaires, le médecin chinois s'intéresse aussi au antécédents et à la famille de son patient, mais il ne s'en tient pas là : au regard de la liste des symptômes, il l'interroge sur son mode de vie, par exemple les habitudes alimentaires et la composition du dernier repas, la mesure de l'appétit, la transpiration, la soif et les quantités d'eau ou de boissons prises quotidiennement, la fréquentation des toilettes, la sensibilité au chaud et au froid. Une telle séance de questions est de nature à persuader le malade que son médecin veut aussi être son ami, ou bien qu'il s'agit d'une sorte d'espion qui va rapporter tous les petits travers de sa famille.
Viennent ensuite le toucher et la palpation. Des doigts expérimentés vont explorer les méridiens, s'arrêter pour examiner grosseurs ou irrégularités. Mais la technique de loin la plus importante dans la médecine chinoise, consiste à prendre le pouls. Cela vous est déjà arrivé, mais, sauf si la personne qui vous a examiné a été formée selon les méthodes traditionnelles, jamais ainsi : pour commencer, le médecin prend votre pouls en 3 points de chaque poignet. Au total, le praticien chinois a appris la signification du pouls en 28 points différents, chacun étant caractéristique des affections de diverses parties du corps. Le médecin chinois rédige une ordonnance, tout comme un praticien occidental. La seule différence réside dans la nature des médicaments, en l'occurrence des tisanes que l'on trouvera dans les pharmacies chinoises.
En Chine, l'herboristerie typique propose un très vaste assortiment de plantes conservées à l'abri de l'air dans des récipients en verre, hermétiquement clos, ornés de dessins mystérieux, ainsi que dans des boîtes de style exotique où se trouvent les produits les plus coûteux.
Nombre de tisanes chinoises, toujours employées, contiennent les mêmes substances que les médicaments d'aujourd'hui. L'éphèdre de Chine est employée en médecine chinoise depuis 4000 ans au moins. L'éphédrine qui en est extraite, est utilisée en médecine occidentale pour soigner l'asthme et d'autres affections respiratoires.
La médecine chinoise d'antan prescrivait le fer en cas d'anémie, l'huile de castor et la rhubarbe pour soulager la constipation et purger, le kaolin pour la diarrhée, le camphre comme antiseptique et l'huile de chaulmoogra pour soigner les lépreux. Les Chinois utilisaient le rauwolfia serpentina pour traiter l'hypertension artérielle et certaines maladies nerveuses, des siècles avant que la médecine occidentale s'en saisisse pour extraire la réserpine et se rendre compte de son efficacité.
La digitale commune, dont on extrait la digitaline (médicament pour les maladies cardiaques) figure dans les traités de médecine chinoise depuis toujours.

 

L'Inde

Selon certaines sources dignes de foi, les Chinois furent les premiers à recourir aux plantes médicinales. Mais d'autres avancent que les sages indiens apportèrent leur science à la Chine. Pour autant que vous compariez les deux plus anciennes médecines du monde, il est indiscutable que vous y trouverez des similitudes. L'Ayur-Veda est le système de santé indien qui date du 2ème millénaire avant J-C. Ce mot se compose de deux racines : Ayus, la vie et Veda, la science, le savoir. Ainsi, littéralement, l'ayur-véda est la « science de la vie ».
Comme en médecine chinoise, les techniques Ayurvédiques sont de nature holistique et s'occupent conjointement du corps et de l'esprit. Il y a de très nombreuses connexions entre les traditions médicales de l'Antiquité. La doctrine du pouls, par exemple, en tan que moyen de diagnostic permettant de déceler de subtiles déséquilibres de l'organisme, est commune aux traditions chinoises et ayurvédiques, même si les techniques diffèrent quelque peu.
Quand vous vous rendez chez le vaidya (médecin ayurvédique), il procède à un examen diagnostic très méticuleux. Combinant les observations et les questions, il définit d'abord votre dosha, - votre type esprit corps -. Des siècles de pratique ont montré que les types prédominants sont l'expression de tendances spécifiques aux plans émotionnel, mental et physique. Chaque individu nait avec son profil original psycho-physiologique qui se reflète dans son dosha.
Les techniques ayurvédiques s'efforcent de situer les déséquilibres et de prendre les mesures pour y remédier, et, en définitive, identifier tout ce à quoi une personne peut être sujette, pour concevoir un programme préventif qui comporte le recours à des infusions de plantes médicinales « en vue d'écarter les dangers qui ne sont pas encore là ».
Les anciens manuscrits ayurvédiques présentent des listes très détaillées de plantes médicinales spécifiques au traitement de nombreuses affections. Le principal texte, le Charaka Sammhita répertorie des préparations à base de plantes appelées rasayana qui promettent «la longévité, la mémoire, l'intelligence, la libération de tous les désordres, la jouvence, l'excellence de l'appétit, de la carnation, et de la vois, la force physique idéale, l'acuité des sens , la qualité du verbe, l'éclat de la respectabilité ».
En Inde, aujourd'hui, les gens rendent régulièrement visite au Vaidya qui leur prescrit des plantes médicinales dont ils ont besoin pour se soigner avec des infusions. Quelques-uns des plus anciens rasayana ont été reconstitués dans leurs formules originales. Il ne faut pas moins de 15 kilos de fruits et de plantes pour obtenir une livre d'un composé très complexe, le Amrit Nectar. Cette authentique formule de l'Ayur-Veda contient entre autres ingrédients, de l'amalaki (groseille à maquereau indienne), de la Ridha daraka (plante grimpante que mangent les éléphants), de la brahmi (gotu kola), de la brihat upa unchika (cardamone), de la menispermum, du chardon indien et du sucre non raffiné. De toute évidence, il n'es pas possible de préparer un authentique amrit Nectar à la maison.
En sanscrit, Amrit signifie immortel. D'où la réputation de l'Amrit nectar d'être « l'ambroisie qui confère l'immortalité ». En fait, des recherches ont montré que l'Amrit nectar a la propriété de neutraliser les radicaux libres mieux et plus vite que les vitamines anti-oxydantes dont on dit tant de bien de nos jours. Les radicaux libres sont mis en cause dans les maladies cardio-vasculaires et les cancers, et accélèrent le vieillissement. Voici une nouvelle fois que la science vient confirmer la sagesse d'antan.
Grecs et romains

Il est relativement facile de comprendre les systèmes de santé chinois et indiens puisque les pratique se sont perpétuées jusqu'à notre époque et que des écrits ont été conservés depuis des millénaires, précisant les formules de mélanges et la manière de s'en servir. Ce sont aussi des textes qui nous donnent accès à la connaissance des techniques médicales des Grecs et des Romains.
Environ 370 ans avant J-C. , le grec Théophrate, élève de Platon et condisciple d'Aristote, publia une « Enquête au sein des Plantes  ». Une partie de cette œuvre est intitulée « Les sucs des plantes et les vertus de santé des tisanes  ». Plus tard, des érudits accordèrent leurs confiance aux plantes médicinales. Ce fut le cas de Galien (130 - 200 après J-C.) célèbre médecin de la Grèce antique, qui préparait lui-même ses remèdes à partir de plantes dont il disposait, telles l'hyoscyamus, l'oignon, la scille et le venin de vipère. Galien employait la scille, algue marine ressemblant à un oignon, comme expectorant, stimulant cardiaque et diurétique. L'hyoscyamus qui nous est plus familier sous le nom de jusquiame, est un sédatif présentant des propriétés antispasmodiques, ses feuilles contiennent de la scopolamine, toujours employée médicalement de nos jours.
Dès le commencement du 1er siècle de notre ère, Pline l'Ancien et un autre médecin grec consignèrent dans un livre la liste des tisanes avec des dessins en couleur des différentes plantes médicinales. Cette œuvre extraordinaire n'a malheureusement pas été préservée. Mais, aux dires des experts, l'essentiel a été repris par Pedianus Discorides dans sa Materia Médica, une œuvre considérable qui a rassemblé tout ce qu'on utilisait comme plantes en Egypte, en Grèce et dans l'Empire Romain.


Autres traditions antiques

Dans les autres traditions antiques, l'histoire des infusions est plus difficile à comprendre. Des écrits rapportent que les médecins égyptiens du Ier et II è siècles prescrivaient de l'ipéca pour provoquer des vomissements, traitaient la constipation avec une tisane de follicules de séné et avaient recours au carvi pour soigner les indigestions. Selon les hiéroglyphes du Ier siècle, les Egyptiens utilisaient aussi la menthe poivrée pour les troubles digestifs. Ces prescriptions, toujours valables, nous sont aujourd'hui familières.
Grâce au Materia Médica, nous savons que les Egyptiens prescrivaient comme médicament le vert-de-gris, ce dépôt verdâtre que l'oxydation forme sur le cuivre. Et le cuivre, on le sait maintenant favorise l'assimilation du fer et constitue un adjuvant au régime des anémiques.
Les anciens Arabes surpassèrent rapidement leurs contemporains dans la connaissance de la chimie et la préparation des médicaments. Ce furent eux qui développèrent la distillation, procédé d'élimination des impuretés et de concentration d'une substance par évaporation. La sublimation, cette forme de purification qui aboutit à la cristallisation d'une substance, fut également une invention arabe. Il nous apparaît aujourd'hui que les connaissances en matière de plantes et de préparation des médicaments ne furent pas toujours l'apanage de l'Europe.

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